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« La soupe aux choux » est-il une métaphore écolo ?

La-Soupe-aux-choux-affiche-6693Oui, vous avez bien lu, et non, je n’ai pas pété un câble. Pour fêter la sortie en Blu-Ray de ce classique du cinéma français, j’ai décidé de vous le présenter sous un jour nouveau, celui de la métaphore. Si vous êtes cinéphiles, vous savez sans doute que nombreux sont les films qui contiennent une double lecture, voir qui sont complètement métaphoriques. Si vous n’êtes pas cinéphiles, il n’est jamais trop tard pour vous cultiver et, ça tombe bien, vous êtes au bon endroit.

Comment est-il possible de voir une double lecture à La soupe aux choux, allez-vous me demander ? Mais si, vous allez me le demander. Ne soyez pas timides. Et puis si vous demandez rien, y’a que moi qui m’exprime. Donc ? Merci. Et bien c’est simple, et je m’en vais vous expliquer ça.

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Deux irréductibles gaulois ? Presque.

La Soupe aux choux, réalisé par Jean Girault et scénarisé par Jean Halain, d’après le roman de René Fallet, sort en 1981. Louis de Funès, Jean Carmet et Jacques Villeret y incarnent les trois personnages principaux, à savoir – et dans le même ordre – le Glaude, le Bombé et la Denrée.
Le Glaude et le Bombé sont deux paysans septuagénaires, amis et voisins depuis toujours. Ils vivent loin de toute forme de société moderne et sont, du coup, forcément heureux. Ils partagent des bonheurs simples, comme péter en plein air et descendre des litres de pinard tous les jours. Pas de métro, pas de collègues relous, de voisins bruyants, pas de trajets en bus la joue collée sous les aisselles de gens qui puent. Juste un toit, et les étoiles. C’est d’ailleurs de ces étoiles que vient le troisième personnage, la Denrée, un extraterrestre qui s’exprime un peu comme mon cousin handicapé. Heureusement pour eux, il contrôle un peu mieux ses mouvements et n’est pas aussi câlin.

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Quand au titre du film, il provient du plat que sert le Glaude à la Denrée, lors de sa première visite. Et que contient-il ?
Grosso merdo, ça : 

– 4 éclats d’ail
– 6 gros oignons
– 1 ou 2 boites de tomates pelées
– 1 grosse tête de choux
– 3 litres d’eau
– 2 poivrons
– 5 carottes
– 1 céleri
– 1 branche de persil
– Assaisonnement: sel, poivre, etc.

De l’eau et des légumes. Rien qui ne provienne d’un animal. La soupe aux choux, ce symbole de paix interplanétaire, d’union entre les peuples, est un plat 100% vegan. Étonnant ? Pas vraiment. Alors que le film traite des derniers jours de deux paysans français, pourquoi ne pas avoir choisi d’en faire des éleveurs ? Hasard ? Ou choix délibéré de dénoncer – déjà à l’époque – l’inutilité de la souffrance animale ? Ah oui, je vous ai prévenus, là on n’est pas chez Télérama.

vegan

Faut lire deux fois ?

Maintenant que nous avons établi les bases du film, étendons-nous un peu plus sur cette double lecture.
Si l’on y regarde bien, l’extraterrestre n’arrive la première fois qu’après le désormais culte concours de pets du Glaude et du Bombé. Si l’on établit tout de suite que cet extraterrestre représente en fait la Mort, au même titre que Joe Black (interprété par Brad Pitt, dans Rencontre avec Joe Black), on comprend qu’elle vient sur terre pour emmener les deux vieillards, ayant très certainement décelé un début de cancer du colon résonnant dans leurs propulsions gazeuses… Intriguée par la fameuse soupe aux choux, la Mort décide de leur donner un sursis, en échange de quoi le Glaude doit lui fournir suffisamment de ce breuvage des dieux. Ce qu’il fait sans sourciller, trop content de gagner quelques jours de plus dans ce monde si ingrat.
La mort s’en va.

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Quelques jours plus tard, lorsqu’elle revient, la Mort réanime la défunte épouse du Glaude, aussi jeune et belle quelle l’était sur la photo qu’elle prend pour référence. Là encore, il ne faut pas y voir un quelconque acte miraculeux, mais tout simplement une sorte d’hallucination du Glaude, une introspection sur ce qui a pu compter réellement dans sa vie. Il réalise que la femme qu’il aimait, et qui d’une certaine façon le rattache encore à la vie, l’a aimé lui comme elle aurait pu en aimer un autre. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait, l’abandonnant pour partir avec un jeune bellâtre, sur sa mobylette. Ils vécurent heureux et il eut la main un peu lourde, mais ça, ça a été coupé au montage.

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De son côté, le Glaude réalise que le bonheur n’est que passager et qu’il est peut-être temps d’accepter de passer à autre chose. La Mort lui a donné la chance de se défaire de ses chaînes avant de l’emmener et il peut donc toucher la sérénité du doigt. C’est beau, c’est presque bouddhique.

On va couler une dalle de béton, ça f’ra plus propre…

C’est là qu’arrivent les méchants industriels, sous la forme de… méchants industriels. Parfois, l’image la plus simple est la plus efficace.
La World Company, représentée ici par le maire du village, a décidé que le lopin de terre des deux amis allait devoir être transformé en un genre de Parc d’attractions / Zoo / Centre commercial / Tour bancaire / Cité HLM (rayez les mentions inutiles). Bien entendu, le Glaude et le Bombé s’y opposent, mais malgré certaines similitudes, ils sont loin d’être Asterix et Obélix, et leur pinard n’a rien d’une potion magique.
On peut alors se demander pourquoi la Mort, toute puissante, ne les aide pas à lutter contre la machine infernale. Peut-être parce que, tout comme dans Doctor Who, certaines choses sont irrémédiables ? Jean Halain et René Fallet veulent-ils nous montrer qu’il faut baisser les bras face à l’évolution ou bien dénoncent-ils simplement l’inhumanité des consortiums bancaires qui dirigent aujourd’hui le monde, face à de frêles petits paysans qui n’ont comme seule arme de défense que des émanations de méthane ?

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Plus tard, la Mort revient, affublée d’un nouveau costume, vert, cette fois. Dans le film, la Denrée prétend avoir pris du galon. Le vert serait donc une évolution, et non une régression, comme voudraient nous le faire croire les industriels. Choix de couleur hasardeux, ou totalement volontaire ? De plus, à ce moment-là, la Denrée parle parfaitement français. Elle a su s’adapter. On peut extrapoler et y voir le message suivant : « La Nature sait s’adapter« . Et si l’on prend en compte le fait que la Denrée est revenue avec un sac plein de Louis d’Or, on peut comprendre que : « La nature finira toujours par revenir à la charge, remerciant ceux qui l’auront aidée, de façon totalement désintéressée. »
Car désintéressé, il l’est, le Glaude. Alors qu’il pourrait utiliser le sac de Louis d’Or pour racheter le terrain qui lui appartient (un non-sens devenu quotidien aujourd’hui), il préfère les donner à sa femme, jeune, afin qu’elle refasse sa vie. C’est un acte d’amour absolu, une image claire et nette d’un homme qui jusqu’au bout refuse de prostituer ses valeurs, ses convictions et les place au dessus du profit. Un principe qui résonne souvent dans les discours écologiques que les media aiment tant tourner au ridicule. Aimer la nature, se contenter de peu ? Allons bon ! Mieux vaut entasser et surconsommer !

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Refusant de se laisser faire, le Glaude et le Bombé sont finalement humiliés, tournés au ridicule et surtout, emprisonnés chez eux. Cette fausse idée de liberté, ce cloisonnement au sein de votre propre vie ne vous rappelle rien ? Regardez autour de vous, c’est EXACTEMENT ce que nous vivons aujourd’hui. Un simulacre de liberté, avec en prime les jeux du cirque à la télé, pour nous maintenir en état de stase.
La soupe aux choux ne serait donc pas seulement une œuvre pro-écolo et végan, mais aussi un parfait film d’anticipation, au même titre qu’Equilibrium, Idiocracy ou 1984 ? Et dire qu’enfants, on riait des pets sans se dire qu’un jour nous serions nous aussi des bêtes en cage, à qui l’on jetterait des cacahuètes (qui ont chez nous la forme de RTT, de primes de fin d’année et de bons de réduction chez Dominos…).

Tout est bien…

Au terme de leur aventure, le Glaude et le Bombé acceptent finalement de partir avec la Denrée dans son vaisseau, pour aller vivre deux cents ans sur sa planète, en produisant de la soupe aux choux. On peut y voir une métaphore de la renonciation par l’épuisement, ces deux petits vieux n’ayant d’autre choix que d’accepter la mort, face à la pression des géants. Lorsqu’on les voit partir avec la Denrée, il faut simplement y comprendre qu’ils meurent, tous les deux, probablement côte à côte. Le fait que le vaisseau emmène aussi leur terrain sert à montrer que lorsque l’on est un pauvre paysan qui quitte ce monde, on n’y laisse aucune trace.
Qui, en passant par là quelques semaines plus tard, trouvera quoi que ce soit qui rappelle le passage sur cette terre de ces deux hommes ? Par contre, y’aura un grand huit et un stand à barbe-à-papa.
Et si cette dernière scène est accompagnée d’une musique entraînante, elle n’est est pas moins la plus triste du film, quand on la voit pour ce qu’elle est vraiment : Une victoire de la World Company parce que tout le monde s’en fout, du sort de deux petits vieux, et de leur lopin de terre.

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Alors je vous le demande, est-ce là le monde que vous voulez laisser à vos enfants ? Est-ce celui dans lequel vous voulez vivre ? Combien de Glaudes et de Bombés vont devoir subir le même sort avant que l’on commence à se bouger le cul et à lever le poing ? Combien de centres commerciaux, de parkings, de tours HLM vont encore être construites sur des terrains verts, recouvrant petit à petit le globe de béton, dans l’indifférence générale ?
Il est temps d’ouvrir les yeux et de se responsabiliser, face au véritable ennemi.

Pensez aussi à péter en pleine nature, apparemment c’est un bon dépistage contre le cancer du colon.
Et n’oubliez pas, si vous voulez gagner du temps, la Mort est vegan. Elle, elle a tout compris.

30 thoughts on “« La soupe aux choux » est-il une métaphore écolo ?

  1. Dans le film on voit le bourg de Jaligny en Seine et Marne mais dans l'histoire (film ou livre) on parle de Jaligny sur Besbre dans l'Allier, livre écrit par Renet Fallet (un bourbonnais vivant à Jaligny) en 1980, et ayant vu la création d'un Parc d'attraction du nom de : Le Pal, construit en 1973 à moins de 5Km à Dompierre-sur-Besbre. N'y aurait-il pas un réel lien sur l'écriture de son livre? (J'espère avoir apporté une touche de réflexion supplémentaire à cet article qui me laisse :O )

  2. Un article que le grand René Fallet lui-même n'aurait pas renié !
    Cet esprit se retrouve bien plus dans le roman original, et de là je trouve que le film (malgré quelques raccourcis et certaines omissions obligées) respecte parfaitement la démarche de l'écrivain.
    Merci à vous 🙂

  3. Heu si c'est une critique pour hygiène de vie meilleur pourquoi de Funest fume avant de boire sa soupe au choux? De plus on a commencé à parler de cas alarmant de cancers que beaucoup plus loin dans les années 90. De plus le veganisme en 1981 ça restait très marginal en France et plutôt associé au mouvement hippie. Tu me dirais que tu as une confrontation entre deux vision de la vie entre passé et modernité d'accord. Dans ce cas là le départ avec l'extraterrestre ferait penser à une 3ème voir mélangeant les deux. Pour la critique de l'alimentation je verrais plutôt "l'aile ou la cuisse" qui pose la question du tout industriel.
    Je trouve ça dangereux de faire coller des thèmes plus contemporain à des films anciens il y a pas mal de risque à faire des anachronisme.

  4. Pour ma part, je trouve la proposition de Feel My Geek beaucoup plus subtile que par "l'aile ou la cuisse" qui est une caricature susceptible d'être retournée et de rendre l'industrie agro-alimentaire sympathique. Un exemple ? La marionnette de Chirac aux guignols qui a rendu cet escroc sympathique au point de le faire réélire.

  5. Oui en effet je trouve que aller trop loin dans l’interprétation d'une œuvre ancienne pour la faire coller à des thèmes actuels n'as pas vraiment de sens et dénature l’œuvre. Car pour la comprendre tu as besoin du contexte historique. Et la dangerosité c'est la modification de l'histoire pour coller à une idée, à une vision du monde. Dans ce processus tu risques de faire des raccourcies faciles pour que ça colle à ta vision. Le message est louable mais est ce que le marteler et le voir partout ferra avancer les choses? J'ai un doute.

  6. Anaïs Voisin Non mais là on parle d'une analyse perso, sur mon site. Pas d'un débat sur TF1 en prime.
    Y'a tien de dangereux à ça, surtout que le respect de la nature et l'amour de la simplicité étaient deux concepts qui existaient bien avant nous et donc, bien avant cette œuvre.

  7. J'aime débattre même avec les opinions personnelles. Je vois que ce n'est pas apprécier tant pis je ne vais pas en mourir. Juste une chose en parlant de référence historique Chirac s'est fait réélire à cause de Le Pen au deuxième tours arrivé là par la désorganisation et les querelles intestines de la gauche.
    Sur ce bonne soirée.

  8. Anaïs Voisin d'accord avec vous, mais le véganisme n'est pas "contemporain". des anarcos ont mis en place des communes autonomes en france dans les années 20 je crois, et pareil dans les années 60 ou 70. le légumisme est le nom ancien d'ailleurs. et ça remonte encore plus loin. je me souviens de jacques le fataliste, à un moment ça parlait d'une diète miraculeuse qui ferait vivre 1000 ans en bonne santé, en ne consommant que des légumes et des mixtures à base de vin blanc.

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